Colonel ZAMMIT

Témoignage du colonel Zammit (1992-1995)

<< II n'y a de véritable mort que dans l'oubli des hommes. »

Quatre ans plus tard
25 août 1995. Esplanade de la mairie de Balma. Dernière prise d'armes, celle de mon départ. Dernière revue des troupes. Dernier ordre du jour... « Vous reconnaîtrez désormais pour chef... ». Tout va très vite, trop vite. Déjà, le régiment s'apprête à défiler...

Pour la première fois depuis trois ans je ne suis pas à sa tête, mais avec les autorités, sur la tribune offi­cielle. Derrière le drapeau et sa garde, les premiers rangs sont maintenant à notre hauteur, à deux ou trois mètres à peine... Ils ont fière allure, ils sont bien. Une dernière fois les regards se cherchent, s'accrochent ; un dernier échange, l'espace d'un instant... Déjà des souvenirs, des flashs, trois ans en raccourci défilent en même temps qu'eux...

L'E.C.Q.G., foulards rouges... Bien sûr, il y a eu les « OPEX » avec la division : le Cambodge, inoubliable pour ceux qui y sont allés, dépaysant au possible, des paysages et des gens merveilleux, la Somalie... Le 1 er E.C.T., foulards verts... le Rwanda, départ des premiers éléments un dimanche ; au retour, des visages fer­més... ils n'aimaient pas en parler, pas trop... Le 2e E.C.T., foulards jaunes... Sarajevo, pas facile, grosse ten­sion, stressant même, quelques problèmes... La C.T.P., foulards bleus... de tous les coups : où il y a des chefs, il y a évidemment des transmetteurs... même au Kurdistan ; à 260 à l'effectif, ils n'étaient pas de trop... La VC.M.P., foulards orange... abonnés au Tchad et à la Centrafrique, comme leurs camarades de la « 2 ». La 2 ème CMP, foulards noirs... toujours dehors, eux aussi, une valise dans la tête... le Liban. Et puis, il y a eu aussi et toujours le quotidien ; le quotidien, mais jamais la routine, avec ses inspections, ses camps, ses exer­cices, les bases arrière difficiles à effectifs réduits, les Saint-Michel, les Noëls et les journées avec les familles, les inaugurations... celles de l'entrée du quartier et de la salle d'honneur (travail de l'OSA. et des lieutenants) en particulier... Les deux A.C.P. et l'A.M.P., foulards carmin..., les championnats de France de rugby et Tou­louse aventure ; non, jamais la routine. Enfin, il y a ceux qui nous ont quittés à jamais, trop tôt, beaucoup trop tôt ; quatre d'entre nous. Une pensée pour l'amicale également, ses membres, amoureux de leur régiment, une fidélité sans faille.

Que de combats gagnés, que de satisfactions grâce à eux tous, qui défilent à quelques mètres de moi. Toujours présents, toujours partants pour tous les défis, toutes les aventures. Des difficultés, bien sûr, parfois des ennuis, mais des hommes et des femmes professionnels, exigeants, qui vous poussent à vous surpas­ser. Le souvenir d'une communauté forte, solidaire, soudée sous le béret rouge... grande confiance les uns dans les autres. Une véritable « famille ». Le dernier rang s'éloigne. Applaudissements. Comme toujours, ils ont été parfaits.

Bonne chance le « 14 », que Saint Michel vous garde. Je ne vous oublierai pas.

Quatre ans ont passé. Je crois avoir tenu ma promesse : je ne vous ai pas oubliés. Le souvenir de ces années est toujours intact. On n'oublie pas la « famille », surtout quand elle vous a tant donné.