Thomas Robert BUGEAUD

Robert Bugeaud de la Piconnerie naît le 17 octobre 1794 à Limoges. C'est le quatorzième enfant d'une famille de la noblesse périgourdine.
En 1804, Bugeaud rejoint la Grande Armée et s'engage comme simple soldat dans les grenadiers à pied de la garde impériale. Il gagne ses galons de caporal à Austerlitz en 1805. Sous-lieutenant en 1806, il participe brillamment à la campagne d'Espagne dont il revient major, commandant provisoirement le 14 ème régiment d'infanterie de ligne. Il y apprendra beaucoup sur la façon de conduire et de combattre la guérilla. En 1814, il est colonel. On l'envoie arrêter l'empereur de retour de l'île d'Elbe, mais son régiment arbore la cocarde tricolore et rallie l'empereur. En 1815, à la restauration, il est mis en demi- solde puis à la retraite d'office en 1828.
La révolution de 1830 permet à Bugeaud de réintégrer l'armée comme colonel en 1831. Promu maréchal de camp (l'équivalent de général de brigade), il est élu député de Dordogne et le restera pendant dix ans. En 1834, il commande une partie des troupes chargées de réprimer les émeutes à Paris ce qui lui vaudra pour longtemps l'animosité des républicains, des déboires et des calomnies.
Maréchal Bugeaud
En mai 1836, Bugeaud qui est âgé de 56 ans se voit confier pour la première fois des responsabilités en Algérie comme commandant militaire de la province d'Oran. En 1840, il est désigné comme commandant en chef et gouverneur de l'Algérie.
Officier sorti du rang, ayant gagné ses galons au feu, Bugeaud s'est formé à l'école de sa propre expérience. Esprit original et indépendant, volontaire, il se fie avant tout à son instinct. Peu strict sur les aspects formels de la discipline, il ne laisse cependant personne porter atteinte à son autorité. Ses qualités militaires sont incontestables : bravoure, sens de l'organisation et détermination. Chez lui, bon sens, expérience et imagination priment sur la tradition et la routine. Il a suffisamment confiance en ses idées pour les imposer même s'il préfère les faire partager.
Dès 1841, s'inspirant largement de son expérience de la guerre d'Espagne, il fit connaître la façon dont il entendait dorénavant mener les opérations : mobilité au moins égale à celle de l'adversaire et recherche systématique de la supériorité numérique. Restait à organiser l'armée et modifier la tactique en conséquence.
Bugeaud fut le véritable créateur de l'armée d'Afrique. Il s'entoura d'officiers jeunes, à l'esprit ouvert et ayant de réelles capacités humaines. Adaptant la conduite des opérations et les modes d'action à la mission qu'il avait reçue, il veilla également à procurer au soldat des équipements plus appropriés au pays et au climat. Enfin, mettant sur pied de nouvelles unités métropolitaines et indigènes, il réorganisa le corps expéditionnaire.
Au lieu de subir et de se cantonner à défendre quelques bastions gros consommateurs d'effectifs, il ordonna que l'on aille dorénavant chercher l'ennemi là où il était et qu'on l'atteigne dans ses soutiens, ses intérêts matériels et sa logistique. Il préconisa donc la razzia, procédé décrié mais déjà utilisé par l'adversaire.
Il prescrivit à ses commandants de se débarrasser de tout ce qui alourdissait les convois, y compris de l'artillerie, d'alléger les hommes, de faire porter les munitions et les vivres par des chevaux et des mulets. Aux lourds convois vulnérables et aux détachements trop faibles pour s'opposer aux tribus arabes, il substitua des colonnes plus fortes mais formées de troupes légères, mobiles et pouvant rivaliser de vitesse avec l'ennemi.
Ces colonnes sont fortes de trois ou quatre bataillons d'infanterie, d'un à deux escadrons de cavalerie pour les charges et d'auxiliaires d'indigènes pour les reconnaissances et les flancs gardes. Quelques obusiers de montagne à dos de mulets remplacent les lourds canons d'artillerie. Les convois de chariots lents et vulnérables disparaissent. Mulets et autres bêtes de somme transportent ravitaillements et impedimenta. L'ensemble représente environ 6 à 7000 hommes et 1200 chevaux .
Bugeaud qui savait parler aux soldats dont il n'hésitait pas à partager les fatigues prit aussi rapidement de nombreuses mesures en faveur de la troupe. Ayant lui-même mangé à la gamelle et porté le sac, il veilla personnellement à la rédaction des circulaires sur les soins à procurer aux soldats au quartier comme sur le terrain. Il renonça à tout ce qui alourdissait les soldats. L'habillement fut modifié et adapté au climat et à la tactique : vêtements plus légers, larges et ouverts, sandales. Parmi ces équipements, la fameuse casquette plus légère et moins pénible à porter que les shakos appartient à la légende du "Père Bugeaud" ; elle est devenue l'emblème du régiment et figure sur son insigne.
Occupant le terrain, traquant l'ennemi désormais frappé dans ses forces vives et ses ressources, l'armée d'Afrique remporte des succès durables . Chassé de ville en ville, l'émir Abd el-Kader est contraint de déplacer avec sa smala. Celle-ci est prise en mai 1843 par le Duc d'Orléans qui, fort de seulement 600 cavaliers et 1300 fantassins, l'attaque avec audace . L'émir ayant trouvé protection au Maroc, Bugeaud fait bombarder Tanger et Mogador par la Marine . Le 14 août 1844, il défait l'armée chérifienne à la bataille d'Isly .
En reconnaissance des services rendus, il est élevé aux dignités de Grand Croix de la Légion d'Honneur et de maréchal de France en 1843 et, en 1844, il est fait duc d'Isly par Louis-Philippe.
Par ailleurs, Bugeaud estimait que "la conquête serait stérile sans la colonisation" . Il avait des idées bien précises sur la façon de conduire ce processus et les responsabilités de l'état : colonisation par d'anciens militaires, rôle essentiel de l'état en lieu et place de intérêts privés, administration du territoire, création du bureau des affaires indigènes. Ne parvenant pas à les faire accepter par le gouvernement, il demandera à être relevé de ses fonctions.
Après ces désaccords, Bugeaud quitte l'Algérie à la fin du mois de mai 1847 après avoir totalement rempli sa mission.
Nommé commandant de l'armée de Paris et de la Garde Nationale, il est aussitôt déchargé de ses fonctions. Il meurt du choléra en 1849.