Colonel PEZET

Témoignage du colonel Pezet (1997-1999)


Lorsque je rentre chaque matin dans mon bureau, alors que le Régiment est encore calme, je salue mon drapeau, il est là, il veille. Je le sens calme et serein. C'est vrai que je ne suis pas le premier qu'il voit ainsi arriver heureux le matin et repartir un peu fourbu le soir. Il est là « l'ancien » avec ses cinq siècles d'exis­tence et son passé riche et glorieux. Il m'aide à relati­viser les soucis du quotidien et à faire la différence entre l'accessoire et l'essentiel.

Le 14 dispose d'un potentiel humain extraordi­naire. Les paras du « 14 » m'ont très vite impressionné par leur générosité. Ils m'ont convaincu d'emblée qu'il n'existait pas de mission que leur compétence, leur disponibilité, et leur atti­tude ne pouvaient assumer. Le « 14 » se sent bien dans l'action, quelle que soit sa nature. Les opérations, les missions de courte durée, les exercices, le soutien au quotidien lui permettent de donner sa pleine mesure et de toujours suivre la voie de l'excellence.

Lorsque j'ai pris le commandement du Régiment, je savais qu'il était menacé comme tous les autres Régiments de Commandement et de Soutien. Je savais aussi qu'il me faudrait maintenir la capacité opérationnelle et valori­ser ce potentiel humain quelle que soit l'issue. Je l'ai demandé et j'ai trouvé la sérénité et la vigilance. La sérénité permettait d'attendre les mesures de restructuration avec sang-froid, mais chaque responsable se devait de rester vigilant afin d'observer avec attention les évolutions en cours. Il est certain que le moral du régiment reposait principalement sur une gestion transpa­rente des personnels, une communication claire et surtout la confiance. La confiance réciproque est primordiale dans une telle situation.

Dans cette mission délicate et douloureuse, le « 14 » conserve le calme des vieilles troupes. Il ne subit pas. A l'heure où j'écris ces lignes, l'échéance semble encore lointaine, il y a tant de rendez-vous majeurs, de visites, d'ins­pections, d'exercices avant la date fatidique. Je sens toutefois dans les entre­tiens, dans les conversations avec chaque cadre et chaque parachutiste l'ap­préhension de la toute dernière cérémonie. Nous voulons profiter du présent avec intensité dans cette dernière ligne droite, préparer demain mais sentir que le « 14 » vit encore.