Eylau

Le 8 février 1807, à Eylau, le "14" va vivre un des moments les plus glorieux de son histoire.
Troisième bataille inscrite sur le drapeau du régiment,
Eylau fut l'expression du sacrifice, de l'abnégation et de l'héroïsme des soldats du "14".


Février 1807. Après les victoires de Iéna et d'Auerstaëdt sur les prussiens, l'armée de l'empereur qui a pris ses quartiers d'hiver est dispersée entre la Baltique et Varsovie. Le commandement russe veut reprendre Dantzig pour la couper en deux et la forcer à quitter la Pologne. Les troupes du tsar commandées par Bennigsen renforcées des prussiens rescapés de Iéna et Auerstaëdt sont fortes de 74.000 hommes et 400 canons. Napoléon dispose de 50.000 hommes et 200 canons.

L'empereur décide de reprendre l'initiative. Les deux armées se rencontrent en Prusse orientale le 7 février 1807, à proximité d' Eylau (aujourd'hui Bagrationovsk, en Lituanie). Les russes se réfugient dans la ville qui est conquise rue par rue . Le lendemain, 8 février , seul le cimetière est encore aux mains des russes et des prussiens. L'empereur envoie la division du maréchal Augereau pour enlever cette position. Le 14 ème de ligne forme l'avant-garde. Surpris et aveuglés par une tempête de neige, les français se font décimer par l'artillerie russe. Ils battent en retraite à l'exception du "14 " qui, totalement encerclé, reste sur un monticule qu'il ne devait quitter que sur ordre de l'empereur. Le régiment forme le carré. La cavalerie ennemie charge. La mêlée est générale et le combat s'engage à l'arme blanche à jusqu'à l'intérieur du carré que les russes parviennent à percer. Sur ordre de Napoléon, traversant les lignes des cosaques, un officier parvient jusqu'au régiment pour lui porter un ordre prescrivant l'abandon de la position. Les survivants étaient retranchés derrière des monceaux de cadavres d'hommes et de chevaux. Après la mort de son chef de corps, le colonel SAVARY, le "14" était commandé par un chef de bataillon, le commandant DAUSSY. A ce moment, une colonne d'infanterie russe qui approchait se trouvait à moins de cent mètres. Voyant qu'il n'y avait plus guère de possibilité de sauver le régiment et que, s'ils quittaient le monticule, la poignée de soldats se ferait rapidement exterminer dans la plaine, le commandant DAUSSY refusa de quitter la position. Mais il n'était pas question de laisser les aigles du régiment tomber aux mains de l'ennemi. Il demanda alors à l'officier venu apporter l'ordre de regagner les lignes amies avec les aigles du régiment avant l'arrivée des russes. Les aigles furent sauvés. La colonne russe submergea les débris de l'infortuné "14" dont les soldats continuèrent à se battre jusqu'à la nuit.

L'arrivée de Ney qui venait de parcourir près de 80 kilomètres avec ses troupes provoqua la fuite de l'ennemi qui abandonna Eylau. Il laissait derrière lui 20 000 morts et disparus. Napoléon, malgré tout vainqueur, avait perdu 12 000 hommes, dont huit généraux.

Le plus grand nombre des tués du 14 ème de ligne tombèrent dans le carré. Le lendemain, à cet emplacement on pouvait lire sur une pancarte : "ici reposent 28 Officiers tués, 19 blessés ; 590 sous-officiers et soldats tués, 700 blessés !". Parcourant le champ de bataille, l'empereur s'arrêta devant l'hécatombe. En apprenant le numéro du régiment qui avait combattu à cette place, il s’écria : « Je n’en suis pas étonné, il y a longtemps que je lui ai donné le nom de BRAVE ! »