Colonel DUHAR

Témoignage du colonel DUHAR (1995-1997)


« Garant des traditions et de la valeur opérationnelle du régiment pendant deux années exaltantes, j’ai pu conforter mon opinion sur l’extraordinaire outil de logistique opérationnelle que constituait le 14 ème Régiment Parachutiste de Commandement et de Soutien.
Servir au 14 ème RPCS a toujours été un idéal hors du commun. En effet, il s’enrichit de la somme de trois engagements fondamentaux : le goût prononcé pour une technicité logistique certaine, le choix, délibéré par excellence, de l’interarmes et enfin la volonté farouche de servir un symbole fort, l’esprit parachutiste, si bien défini par l’aspirant ZIRNHELD.

Pendant ces deux années 1995- 97, le régiment continua d’être sollicité sur tous les théâtres d’opérations, y engageant parfois jusqu’à la moitié de ses compagnies et escadrons, comme ce fut le cas en Bosnie durant l’hiver 95-96, et même plus de la moitié de ses officiers, toujours en Bosnie, l’hiver suivant 96-97.

Seul régiment logistique multifonctionnel professionnalisé de l’armée de terre, le 14 ème RPCS n’avait jamais pu être engagé derrière ses chefs de corps successifs depuis sa création en 1979. Il me semblait que les efforts de mes prédécesseurs pour faire valoir cet honneur porteraient leurs fruits et j’espérais pouvoir en être le premier bénéficiaire.

Mais alors que de tous côtés résonnaient les concepts de modularité et de logique de métier, on s’évertuait encore et toujours à mettre sur pied, en OPEX, des bataillons logistiques constitués de personnels provenant d’une multitude de formations différentes, sous les ordres de chefs de corps que l’on allait jusqu’à désigner dans un état- major plutôt que dans un régiment ! Dans ce cadre, les mois passant, le 14 ème continuait à n’être sollicité que pour des missions de renforcement. Parallèlement, le président de la république annonçait la fin de l’armée de conscription. Quel avenir radieux, pouvait- on espérer, pour la division parachutiste et son régiment de soutien aéroporté déjà fortement professionnalisé.

Toutefois, la tempête de la réforme fut loin de combler ces espoirs, et, rapidement, il fallut se convaincre que professionnalisation allait rimer avec dissolution. Mais s’il est vrai que la dissolution des RCS s’inscrit dans le cadre de la « refondation » de l’armée de terre, je n’en demeure pas moins convaincu que l’abandon des formations de soutien multifonctionnel est malheureusement la rançon de leur caractère interarmes : dans une perspective d’effectifs sévèrement contraints, les armes et les services ont été placés dans la situation de consacrer leurs personnels à la mise sur pied de leurs propres formations au détriment de la cohésion interarmes. Dans le même temps les commandeurs des forces faisaient valoir, peut- être ou sans doute tardivement, tout l’intérêt que présentait à leurs yeux ce type d’unité.

Dans cette conjoncture impitoyable, il restait alors à sauver « le brave 14 », le régiment de tradition de Toulouse, aux quatre siècles d’existence. Rassembler sous le glorieux drapeau du 14, l’un des plus anciens régiments de France, tous les parachutistes d’active du Train, tous les anciens parachutistes des unités de livraison par air et de soutien aéroporté, et bien entendu tous les vétérans de l’infanterie parachutiste ayant servi sous ses plis, tel était l’enjeu qu’avait bien compris le général LOMBARD, inspecteur du Train. C’est pourquoi, grande fut ma joie, en mai 1997, quand il annonça à l’Ecole du Train, à l’occasion des journées de chefs de corps, la création à Toulouse du 14 ème régiment du train parachutiste.

Malheureusement, au même titre que les antagonismes inavoués entre certaines armes portent en partie la responsabilité de la dissolution des RCS, de la même manière, les guerres de bouton d’un autre âge entre diverses associations et l’ego surdimensionné de quelques uns ont mis en échec ce projet fraternel.

Tout est perdu fors l’honneur et l’amitié des Anciens du GRAND 14.

« L’obstacle augmente mon ardeur ! »

Bon vent à tous !