Austerlitz

Le 2 décembre 1805, Napoléon remporte sa plus belle victoire militaire : AUSTERLITZ,
la bataille des trois empereurs (Napoléon, Alexandre de Russie et François d'Autriche).
Son comportement glorieux vaut au "14" l'honneur d'inscrire le nom de cette bataille sur son drapeau.


Ce jour-là, pour livrer bataille, Napoléon ne dispose pas de l'intégralité de la Grande Armée : les 2 ème, 6 ème et 7 ème corps (maréchaux Marmont, Ney et Augereau) sont retenus pour d'autres missions.
Face aux 82000 hommes de la coalition austro russe, l'empereur aligne environ 74500 soldats :
la garde impériale du maréchal Bessières,
les 1 er, 3 ème, 4 ème et 5 ème corps d'armée (maréchaux Bernadotte, Davout, Soult, et Lannes)
la réserve de cavalerie du prince Murat.
Chaque corps français comporte de 2 à 4 divisions, elles-mêmes constituées pour la plupart de 2 brigades.
Le 14 ème de ligne (1551 hommes) commandé par le colonel Mazas appartient à la brigade du général Thiebault de la division du général Saint-Hilaire, laquelle fait partie du 4 ème corps commandé par le maréchal Soult et f ort de 24172 fantassins, 924 cavaliers, 1195 artilleurs (1 ère division : général Saint-Hilaire ; 2 ème division : général Vandamme ; 3 ème division : général Legrand ; division de cavalerie : Margaron).
A l'aube, Davout, est déployé en couverture sur la droite, dans les environs de Telnitz et Sokolnitz. Soult commande l'aile droite : il a reçu l'ordre de prendre les armes "à petit bruit" dès 4 heures du matin en direction de Girzichowitz et Kobelnitz. Bernadotte commande le centre. Lannes s'est vu confier l'aile gauche de la ligne de bataille à hauteur de santon en direction de Girzichowitz.
L'empereur a regroupé son armée qui est en mesure, selon les circonstances, de faire face à droite ou à gauche, d'attaquer par le centre ou de refuser le combat et se mettre en retraite sur Brünn.
Napoléon laisse l'initiative de l'attaque aux coalisés. Ceux-ci ont reçu leurs ordres du général en chef Kutusov vers 1 heure du matin. Mais, compte tenu des délais de traduction du russe en allemand, les premières colonnes ne prennent la marche au combat qu'après 6 heures du matin. Kutusov a choisi d'attaquer l'aile droite des français.
Sous les armes dès 3 heures du matin, ce n'est qu'à 9 heures que le corps Soult auquel appartient le "14" reçoit l'ordre de s'emparer du plateau de Pratzen pour isoler trois colonnes russes qui attaquaient l'aile droite sur Tenitz et Sokolnitz depuis de 2 heures. En avant de Pratzen, les trois unités de tête, dont le "brave 14", de la division Saint-Hilaire, se heurtent vers dix heures du matin à une vive résistance de 2 bataillons russes. Le 14 ème et le 36 ème reprennent le village de Pratzen, qui était défendu par deux bataillons du régiment de Novgorod et un bataillon du régiment d'Apchéron. Bientôt renforcés par la brigade du général Kamensky, les austro russes reforment leurs colonnes.
Au total, quinze bataillons russes tentent alors de reprendre le plateau qui n'est encore seulement tenu que par le 10 ème léger et les 14 ème et 36 ème de ligne. Les troupes ennemies sont conduites directement par le général en chef Kutusov, qui sera blessé, et en présence du tsar Alexandre en personne qui n'hésite pas à ramener au combat les fuyards des bataillons initialement défaits à Pratzen.
Luttant contre des masses exécutant de nombreux et vigoureux retours offensifs sur les pentes, Saint Hilaire engage sa deuxième brigade et parvient à rejeter l'ennemi du plateau après trois contre-offensives. Bien que blessé, vers midi, il repousse une quatrième offensive austro russe au cours de laquelle le colonel Mazas, chef de corps du "14 ", est tué. Ce dernier est remplacé par le chef de bataillon Ruelle qui est également blessé à son tour.
Dans son rapport le Maréchal Soult écrit :
« Le Colonel Mazas commandant le "14" fut tué par un coup de mitraille après s'être montré avec une grande valeur ; les soldats de son régiment s'empressèrent de lui couvrir le visage avec une capote qu'ils ramassèrent sur le champ de bataille et coururent venger la mort de leur chef sur l'ennemi. Un soldat du même régiment eut le bras emporté par un boulet, il pria son camarade de l'aider à ôter son sac, lui recommanda de rester à son poste et s'en fut seul à l'ambulance. »
Le Général Thiebault raconte dans ses mémoires :
« A Pratzen, un des soldats du « 14 » avait eu le genou fracassé par un coup de feu. Une ambulance nous suivait ; il fut immédiatement amputé ; mais du lieu où se faisait son opéra­tion, il nous voyait gagnant du terrain sur l'en­nemi et suivait notre mouvement avec avidité. Enchanté d'avoir contribué au prix de son sang à donner à l'Empereur le bouquet que l'Armée lui avait promis la veille, il lui était impossible de contenir sa joie. Insensible à la douleur de l'opération, ne pensant ni à sa bles­sure ni à la gravité de sa position il ne répon­dait que par des exclamations sur nos succès aux chirurgiens qui, pour achever l'amputa­tion, avaient besoin qu'il resta un moment tran­quille et ne cessait de leur répéter « voyez comme ils avancent ! ».
Peu après treize heures, l'ennemi lance une cinquième et dernière offensive qui lui coûte encore un drapeau et deux batteries. Kutusov abandonne et se replie avec son aile droite. Les austro russes se retirent dans le plus grand désordre, partie sur Austerlitz, partie vers les étangs de Sokolnitz.
En début d'après-midi, la division Saint-Hilaire occupe définitivement les hauteurs situées entre Pratzen et Klein-Hostieradek. La division Vandamme qui avait opéré avec le même succès dans son secteur tient le plateau à hauteur du village d'Augedz. Enfin, la troisième division de Soult, celle de Legrand, occupe les pentes de Klein-Hostieradek à Sokolnitz.
Après de terribles combats, Davout avait pu reprendre les positions de Telnitz et Sokolnitz. Dans l'après-midi, Soult opère un changement de direction à droite pour donner le coup de balai définitif, tandis que le corps d'armée de Bernadotte a déjà engagé la bataille contre la réserve du grand duc Constantin.
Relevé sur Pratzen par les grenadiers d'Oudinot, Vandamme et Saint-Hilaire réorganisent leurs divisions sur la ligne Sokolnitz - Augedz. En début d'après-midi, depuis ces positions, les brigades Ferey (46 ème et 57 ème de ligne) et Thibault (14 ème et 36 ème de ligne) fondent sur l'ennemi qui commençait sa manoeuvre de retraite et de le bousculent pour lui couper toute possibilité de retraite par le pont du village d'Augedz. Cette manoeuvre rapide oblige les colonnes austro russes à revenir sur leurs pas. Pressée sous le feu de l'artillerie de Soult et de la garde impériale, une grande part d'entre elles évite l'engorgement du seul pont disponible et tente de traverser les étangs gelés.
Toutefois, et contrairement aux bulletins de victoire de l'époque, le nombre de 20000 noyés est historiquement exagéré; il doit plutôt se situer au dessous de 1000. Environ 4000 prisonniers sont capturés et de nombreux canons sont récupérés, au cours de cette seule action.
Au total, les pertes ennemies s'élèvent à 15000 tués ou blessés, 20000 prisonniers dont 8 généraux, 10 colonels et 273 officiers. Les austro- russes abandonnent 180 canons et plus de 40 drapeaux;
Les pertes françaises sont de 1290 tués (dont un général et trois colonels) et 6943 blessés. 1 seul drapeau est perdu, enlevé par les gardes à cheval russes.

L' HEROISME DES SOLDATS DU "14" A AUSTERLITZ

Le 14 ème de ligne a perdu son chef de corps, le colonel mazas, 16 officiers ont été blessés. 16 tués et 206 blessés sont dénombrés parmi les sous-officiers et soldats du régiment. Le 14 ème est cité à l'ordre de l'armée. Le major Savary du 7 ème de ligne nommé colonel, en prend le commandement et le ramène à vienne le 9 décembre 1805 où l'empereur lui exprime toute sa satisfaction.
A l’époque les citations sont distribuées avec parcimonie ; on appréciera la concision des citations où il n’est nul besoin de justification. A titre d’exemple, voici sept citations qui furent décernées au 14 ème régiment d’infanterie de ligne :
COURTOIS , chirurgien- major.
S’est distingué en pensant les blessés jusque sous le feu de l’ennemi et en obligeant les militaires trop légèrement blessés à rejoindre leurs rangs.
CHAUROUX , capitaine .
Quoique blessé grièvement, ne quitta le champ de bataille qu’après avoir participé courageusement au gain de la journée.
STHAL , capitaine.
S’est distingué, et quoique blessé, continua de conduire sa compagnie à l’ennemi.
MONTAUBAN, caporal .
Ce militaire ayant été grièvement blessé au bras d’un coup de feu, s’arma de son sabre et ne voulut quitter le champ de bataille qu’après avoir été réduit à la plus grande faiblesse.
CADET , voltigeur.
S’est distingué.
VALLE et LONGUET, tambours .
Se sont distingués et ont toujours été des premiers pour battre la charge.

EN LEUR MEMOIRE

Par ordre du jour daté d’Austerlitz, 16 frimaire an XIV (7 décembre 1805), Napoléon décrète que les veuves des colonels et majors morts à la bataille d’Austerlitz bénéficieront d’une pension de 2400 francs leur vie durant, les veuves des capitaines d’une pension de 1200 francs, les veuves des lieutenants et des sous- lieutenants d’une pension de 800 francs, les veuves des soldats d’une pension de 200 francs.
Par décret du 6 février 1806, et afin de conserver le souvenir du général Valhubert et des colonels Morland, mazas et castex, mortellement blessés pendant la bataille d’Austerlitz, Napoléon décida que l’espace situé entre le pont d’Austerlitz et le jardin des plantes prendrait le nom de Valhubert, que le terrain sur lequel débouche l’autre extrémité du pont s’appellerait place Mazas, le quai situé à proximité quai Morland et une des rue de ce quartier rue Castex.

DISCOURS DE NAPOLEON

"Soldats,
Je suis content de vous. Vous avez à la journée d'Austerlitz, justifié tout ce que j'attendais de votre intrépidité ; vous avez décoré vos aigles d'une immortelle gloire. Une armée de cent mille hommes, commandée par les Empereurs de Russie et d'Autriche, a été, en moins de quatre heures ou coupée ou dispersée. Ce qui a échappé à votre fer s'est noyé dans les lacs. Quarante drapeaux, les étendards de la garde impériale de Russie, cent vingt pièces de canon, vingt généraux, plus de trente mille prisonniers, sont le résultat de cette journée à jamais célèbre. Cette infanterie tant vantée, et en nombre supérieur, n'a pu résister à votre choc, et désormais vous n'avez plus de rivaux à redouter. Ainsi, en deux mois, cette troisième coalition a été vaincue et dissoute. La paix ne peut plus être éloignée, mais, comme je l'ai promis à mon peuple avant de passer le Rhin, je ne ferai qu'une paix qui nous donne des garanties et assure des récompenses à nos alliés.

Soldats, lorsque le peuple français plaça sur ma tête la couronne impériale, je me confiai à vous pour la maintenir toujours dans ce haut éclat de la gloire qui seul pouvait lui donner du prix à mes yeux. Mais dans le même moment nos ennemis pensaient à la détruire et à l'avilir ! Et cette couronne de fer, conquise par le sang de tant de Français, ils voulaient m'obliger à la placer sur la tête de nos plus cruels ennemis ! Projets téméraires et insensés que, le jour même de l'anniversaire du couronnement de votre Empereur, vous avez anéantis et confondus ! Vous leur avez appris qu'il est plus facile de nous braver et de nous menacer que de nous vaincre.

Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous ramènerai en France ; là vous serez l'objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous recevra avec joie et il vous suffira de dire, "j'étais à la bataille d'Austerlitz" pour que l'on réponde, "voilà un brave". »