Révolution - Empire

1. Du 15ème régiment d'infanterie (1791-1794) à la 29ème demi-brigade de bataille

Le 1er janvier 1791 lors de sa création à partir des 1 er et 3ème bataillon du Béarn, le régiment se trouve en garnison au Havre. En décembre, son 2ème bataillon embarque pour Saint-Domingue.
La partie du régiment restée en France va activement participer à la défense de la jeune république. Le 15 janvier 1791, le 1er bataillon est versé dans la 16ème division de marche de l'armée du nord. Aux avant-postes à Roubaix puis à Lille, le 15ème subit à plusieurs occasions de lourdes pertes. Il prend une part active au siège de la ville d'Anvers qui se rend le 29 novembre 1792. Le 1 er janvier 1793, sous le commandement du Colonel de Varennes, le régiment est détaché à l'Armée du Centre. Lors de la retraite sur Buremonde, serré de près par trois colonnes, le 15ème se fraie un passage à la baïonnette et passe la Meuse dans la nuit du 4 au 5. Après la bataille de Nerwinden le 16 mars, il vient s'installer sur la rive droite de la Lys.
En septembre, pendant les opération de Flandres, de Sambre et de Meuse, il participe activement à la diversion tentée au centre en s'emparant les 21 et 24 de Warmelon et Wevelgem.
Le 14 février 1794 , le 1/15 est fusionné avec le 4ème bataillon de la Sarthe et le 14ème bataillon des f édérés nationaux pour former la 29ème Demi-brigade de bataille.

2. De la 29ème demi-brigade de bataille a la 14ème demi-bridage de ligne

La 29ème demi-brigade dont les effectifs ont été portés à 4300 hommes par le renforcement de cinq bataillons de réquisition est affectée à l'armée du Nord.
Le 26 avril 1794, elle pénètre dans Coutray et s'empare de trois canons. Le 29 avril, elle attaque les retranchements de Castel défendus par une importante artillerie et chasse les autri­chiens des hauteurs. Elle fait déposer les armes à un bataillon hessois et prend deux canons et deux drapeaux. Le 18 mai, lors de la bataille de Tourcoing, elle s'empare d'une redoute et fait 250 prisonniers. Le 19 mai, la demi-brigade poursuit l'ennemi sur la route de Bruges et refoule les autrichiens sur Tournay le 22. Le 5 juin, elle repousse l'ennemi dans Ypres assiégé. A Dixmude, elle résiste victorieusement à un ennemi très supérieur en nombre. De septembre 1794 à juillet 1795, après d'éclatants faits d'armes, la demi-brigade s'enfonce en Hollande et vient occuper Amsterdam. Le 11 octobre 1795, renforcée par le 4ème bataillon belge licencié, elle part à marches forcées pour Paris où elle arrivera le 3 brumaire (23 octobre).
Le 7 avril 1796, elle est fusionnée avec la Demi-brigade de la Seine Inférieure pour se retrouver en septembre en Italie où trois de ses bataillons occupent Torne après avoir franchi le col du Petit Saint-Bernard.
Le 22 septembre 1796, la 29ème demi-brigade de bataille devient 14ème demi-brigade de ligne.

3. La 14ème demi-brigade (DBL) de ligne à Rivoli

En 1796, la 14ème demi-brigade prend part à la campagne d'Italie.
Lors du blocus de Mantoue par Bonaparte, elle reçoit l'ordre de soutenir le corps de blocus qui lutte contre les troupes de Wurmser. Le 22 novembre, dans la région de Guito, elle enlève deux positions, refoule les assiégés, prend deux canons. 4 officiers et 17 hommes sont mis hors de combat.
Le 22 novembre, elle arrive à Rivoli pour assurer la garde du plateau. Affectée à la 2ème brigade de la division Joubert, la 14 ème DBL va s'illustrer au cours de la bataille légendaire de Rivoli, une des plus belles victoires du jeune Bonaparte. La 14 ème DBL y perdra 10 officiers et 155 hommes. Rivoli sera inscrit en lettres d'or dans les plis de son drapeau.
Le 27 janvier 1797, aux ordres du chef de bataillon Daurière, la 14 ème DBL qui appartient à la division du Général Baraguay d'Hilliers pénètre en deux points dans les retranchements des ouvrages fortifiés de Santa Lucia. Huit officiers et vingt-neuf hommes sont tués ou blessés.
De nouveaux combats héroïques amènent la 14ème à Trente puis à Cembra et Saint-Michel jusqu'aux ponts de Neumarck et Castello. De nombreuses pertes sont à déplorer dont celles des deux chefs de Brigade succes­sifs, les Chefs de Bataillon Daurière et Para. Après les combats de Muhlbach le 2 avril et de Brixen, la 14ème vient occuper Vérone avec sa division. Le 8 juin 1797, elle s'installe à Vicente où elle perdra dans la durée plus de 600 hommes suite aux maladies et aux pri­vations. C'est dans cette ville que le nouveau chef de brigade Marchand reçoit les drapeaux attribués par le Directoire à l'Armée d'Italie. Ceux de la 14ème demi brigade portent l'inscription : « A la brave 14ème de ligne - 1 ère et 2 ème affaires de Rivoli - passage du Tyrol »
Après la signature du traité de Campo-Formio, la 14ème est envoyée à Palma Nova, puis Mantoue. Elle va passer l'hiver 1798-1799 à Ferrare. L'Autriche ayant rompu les clauses du traité de Campo Formio, les hostilités reprennent.
Entre 1801 et 1803, après la paix de Lunéville, la 14ème qui a été recomplétée s'installe successivement à Lucerne, Lunéville, Mézières puis Namur et Maëstricht au moment de la rupture de la paix d'Amiens. Elle fait ensuite mouvement vers Boulogne pour être incorporée à l'armée qui doit être embarquée vers l'Angleterre.
Le 22 septembre 1803, la 14ème demi-brigade devient le 14ème régiment d'infanterie et son chef de brigade est appelé colonel.

4. Le "14" sous l'Empire (1803-1815)

Dès 1803, le r'égiment est réorganisé.
Il quitte Boulogne le 28 août 1805 au sein du 4ème corps d'armées du Maréchal Soult pour la Bavière. Après la paix d'ULM le 17 octobre 1805, il gagne la Moravie et bivouaque le 28 novembre sur les hauteurs d' Austerlitz .
Le 2 décembre 1805, le "14" est sous les armes dès trois heures du matin. Lors des glorieux combats qui vont suivre, son engagement est total et déterminant. Cependant les pertes sont sévères. Son chef de corps, le colonel Mazas, 21 officiers et 21 hommes sont tués et 206 blessés. , Austerlitz , la plus belle victoire de Napoléon, est inscrite dans les plis du drapeau du "14"..
Le "14" s'illustre de nouveau à la bataille de Iéna où il prend un drapeau et deux canons mais laisse sur le terrain 7 tués et 50 blessés. Mis à la disposition du Maréchal Ney, il perd son chef de Corps le Colonel Savary lors de la prise de la ville de Thorn. Le Maréchal Ney écrit : "Le Colonel Savary mérite les plus grands éloges pour son intelligence, son zèle et sa valeur ; c'est à lui particulièrement que l'on doit la prise de Thorn". En apprenant la nouvelle de la mort glorieuse du Colonel Savary, l'Empereur s'écrit : " Il était digne de commander un aussi brave régiment !".
C'est au cours de la terrible bataille d' Eylau que le "14" va vivre une des épisodes les plus sanglants de son histoire. Eylau fut l'expression du sacrifice, de l'abnégation et de l'héroïsme des hommes du régiment. Les pertes du "14" sont énormes : 28 tués dont le chef de Corps, le Commandant Daussy et 19 blessés parmi les officiers, 590 tués et 700 blessés parmi les sous-officiers et soldats. Lorsque l'empereur parcourt le champ de bataille et s'arrête devant cette hécatombe, il s'écrit en apprenant le numéro du corps qui combattait à cette place : « Je n'en suis pas étonné ; il y a longtemps que je lui ai donné le nom de Brave ! ». Eylau est la troisième bataille inscrite dans les plis de son drapeau,

Après Eylau, le "14" participe à la bataille d'Heilsberg, où son chef de corps est gravement blessé, un officier, 31 sous-officiers et soldats tués et 634 hommes mis hors de combat.
Le "14" rentre en France pour aller se réorganiser à Bayonne et va peu après, prendre part à la guerre d'Espagne à partir du 23 juillet 1808. Après le siège de Sarragosse où il reviendra par la suite, le "14", avec le Maréchal Lannes, va contribuer à la victoire de Tuléda en enlevant 14 pièces de canons et en pénétrant en force dans la ville. Ce sera ensuite une succession ininterrompue de batailles jus­qu'en 1814. Au mois de janvier 1814, le major Bugeaud prend le commandement du "14" qu'il conduit successivement à Girone, à Figuières puis à Narbonne et Nîmes avant de le ramener à Orléans en qualité de Colonel, grade auquel il est promu le 11 juin 1814.

1815. Mars. L'Empereur qui a quitté l'île d'Elbe débarque près de Cannes et marche sur Paris en passant par la route des Alpes. Le 6 mars, les bataillons du "14" sont envoyés l'arrêter . Au lieu de cela; ils reprennent la cocarde tricolore et, à partir d'Avallon, forment l'avant-garde de l'armée qui ramène l'Empereur à Paris le 20 mars 1815.
Le 18 juin, Waterloo marque la fin des 100 jours. Le 27, le colonel commandant le "14" qui sait qu'une colonne de 10 000 Autrichiens va l'attaquer le lendemain demande du secours. Mais il ne reçoit que le bulletin de la défaite de Waterloo. Quelques instants après, arrive la députation du "14" qui apporte l'Aigle remise au Champ de Mars et fait courir le bruit d'une nouvelle abdication de l'Empe­reur. Il lit lui-même à son régiment rassemblé le bulletin de Waterloo, présente l'Aigle et s'écrie : "Soldats du "14", voici l'Aigle. C'est au nom de la Patrie que je vous la présente, car si l'Empereur, comme on l'assure, n'est plus notre souverain, la France reste. C'est elle qui vous confie ce drapeau, il sera toujours pour vous le talisman de la victoire. Jurez que tant qu'il res­tera un soldat du "14" aucune main ennemie ne s'en approchera " "Nous le jurons !" répondirent tous les soldats et les officiers sor­tant du rang et brandissant leur épée". A ce moment arrive un courrier qui annonce l'arrivée de l'ennemi. "Tant mieux, il ne pouvait nous trouver dans de meilleures dispositions... Messieurs, reprenez vos postes !" s'écrie le Colonel. Dans les glorieux combats qui vont suivre près d'Ugine, le "14" met hors de combat 1200 autrichiens.
Après ces ultimes faits d'armes, les régiments de la Grande Armée sont dirigés sur leurs garnisons où les bataillons sont licenciés.

Le 14ème régiment d'infanterie est dissous le 11 novembre 1815.